Julius Pascin (Julius Mordecaï Pinkas dit)

1885 1930
(Bulgarie) 1885 /   (France) 1930

Pascin est encore adolescent lorsqu’il décide de quitter ses parents pour étudier la peinture et courir le monde. Son père, puissant représentant de l’empereur d’Autriche et riche grainetier, se montre hostile aux intentions de son jeune fils.

C’est la patronne d’une maison close de Bucarest qui déclenche son goût pour la peinture. Elle l’encourage à dessiner, lui parle de Toulouse- Lautrec, de Degas, et l’incite à partir pour Paris. Mais celui qui n’est encore que le petit Pinkas se rend à Vienne en 1903. Il suit les cours d’une académie de peinture et rencontre George Grosz. En 1904, à Munich, il est en contact avec Paul Klee, Wassily Kandinsky et Alfred Kubin. Pendant cinq ans, il travaille comme dessinateur pour la revue satirique et humoristique allemande Simplicissimus et, sous l’autorité de son père, adopte définitivement le nom de Pascin.

Après un passage à Berlin, il arrive à Paris le 24 décembre 1905, où il est accueilli par les Dômiers : Rudolf Lévy, Walter Bondy et le marchand Henri Bing, qui lui présente Hermine David. Celle-ci est alors l’élève de Jean Paul Laurens à l’académie Julian et peint des miniatures sur ivoire. En 1908, Pascin s’inscrit à l’académie Matisse. Il se rend au Louvre et s’intéresse particulièrement à la peinture du XVIIIe siècle : Watteau, Fragonard, Greuze et Boucher. C’est en 1910 qu’il fait la connaissance de Lucy Vidil, alors modèle de l’académie Matisse. Il lui demande de venir poser dans son atelier et tombe amoureux d’elle.

Pascin tire ses principaux revenus de la revue Simplicissimus. Généreux, il est réputé pour ses fêtes où l’on croise André Warnod, André Salmon, André Derain, Kisling. Ils font la «bombe». En 1913, Pascin envoie des dessins à l’Armory Show de New York et se fait connaître auprès des marchands. C’est son premier contact avec l’Amérique.

Dès les premiers coups de feu de 1914, il renonce au contrat de l’édition allemande, laisse son atelier aux Krogh, s’embarque pour les États-Unis et s’installe dans le quartier juif de Brooklyn. Il est accueilli par les anciens Dômiers Max Weber et Maurice Sterne qui l’introduisent au sein de l’avant-garde newyorkaise. Il emporte un carton à dessins de nus qui choqueront l’Amérique puritaine d’alors. Il fait la connaissance de celui qui sera un de ses collectionneurs, John Quinn, et du critique Henry McBride. Hermine le rejoint un an plus tard et, chaque hiver, le couple voyage à Charleston, en Louisiane et à Cuba, d’où Pascin rapporte une série d’aquarelles. Pascin entretient sa liaison avec Lucy par une correspondance ininterrompue.

De retour à Paris en 1920, citoyen américain et marié à Hermine, Pascin retrouve Lucy, qui entre-temps a épousé le peintre norvégien Per Krogh, et a donné naissance à leur fils Guy. Pascin s’installe au 3, rue Joseph-Bara, où habitent déjà Kisling et Zborowski. Il est reconnaissable à son légendaire chapeau melon. Sur la route entre Montparnasse et Montmartre, il fait régulièrement une halte à La Belle Poule, son claque favori de la rue Blondel. Il organise de nombreuses soirées et prend pleinement part à la vie nocturne parisienne en compagnie de Francis Carco, Georges Papazoff, son ami bulgare, Pierre Mac Orlan, André Salmon, Paul Morand, Foujita et la célèbre Kiki. Man Ray lui présente Max Ernst avec qui il discute des nuits entières.

Une nuit, Pascin rencontre Soutine au Select. Youki Desnos raconte l’événement dans ses Confidences : « Nous prîmes chacun une bonne dizaine de whiskies. Malgré l’ambiance ainsi créée, la soudure ne se fit pas entre les deux artistes (…). Soutine dit à Pascin au moment de se quitter : “Ne croyez pas que je n’apprécie pas votre peinture. Vos petites femmes m’excitent beaucoup. – Je vous défends de vous exciter devant mes femmes, monsieur”, lui répondit Pascin, furieux. Puis il ajouta inspiré : “Je suis le fils de Dieu. Malheur à ceux qui ne m’aiment pas.” Soutine était d’origine slave, donc superstitieux. Il se précipita sur Pascin, lui secoua les mains : “Mais je vous aime beaucoup, Pascin, croyez-le, je vous aime beaucoup.” Et il disparut dans la nuit. »

Entre 1921 et 1922, Pascin quitte Hermine et s’installe au 36, boulevard de Clichy. Ils garderont des rapports amicaux et fraternels.

C’est un homme sensible et sensuel à l’image de sa peinture. Tout au long de sa vie il peint des femmes, Kiki, Aïcha, Jacqueline Godard, Zniah Pichard, les sœurs Perlmutter, Julie Luce… Régulièrement sont organisés les fameux piqueniques qui réunissent Hermine David, Lucy et Per Krogh, le petit Guy et la bande des modèles que Pascin appelle « les petites crevées ». Entre 1920 et 1930, l’éternel voyageur parcourt l’Afrique du Nord, l’Europe et les États-Unis. En 1924, accompagné du peintre Abdul Wahab, il visite la Tunisie. En 1926, il projette de s’installer en Palestine, mais rebrousse chemin au Caire et rentre à Paris via la Tunisie avec un grand nombre de dessins. En 1924, les frères Loeb inaugurent leur galerie avec une exposition de Pascin. Le catalogue sera préfacé par Pierre Mac Orlan.

Quelque temps plus tard, lors d’un banquet organisé en l’honneur d’André Warnod, un différend survient entre Pascin et Galtier-Boissière, directeur du Crapouillot. À la suite de cette rixe, Galtier Boissière écrit dans son journal : « Que monsieur Pascin boucle sa valise et retourne dans ses pénates bulgares. Nous serons privés de ses charmants dessins, mais aurons largement de quoi nous . »

En 1927, Pascin retourne à New York pour régler ses affaires, Lucy le rejoint. De 1927 à 1930, Pascin est dépressif, il boit de plus en plus. En 1927, Flechtheim organise une exposition à Düsseldorf et lui commande son portrait. À la même époque, il signe un contrat avec la galerie Bernheim, qui l’oblige à peindre des nus « nacrés ».

Pascin n’a jamais cessé d’être amoureux de Lucy. Leur histoire d’amour se termine tragiquement le 2 juin 1930. Pascin se suicide dans son atelier. Il se tranche les veines, inscrit sur la porte avec son sang « Adieu Lucy » et se pend, après avoir rédigé un testament léguant ses biens à Lucy et Hermine. Le 7 juin 1930, les galeries d’art de Paris ferment leurs portes en signe de deuil, plus de mille personnes suivent le cortège jusqu’au petit cimetière de Montparnasse. Le rabbin dit les prières et répète plusieurs fois : « Paix à ses yeux. » Après sa mort, Hermine et Lucy se soutiennent dans l’épreuve et resteront liées.