Marc Chagall (Moyshe Chagall dit)

1887 1985
(Belarus) 1887 /   (France) 1985

Marc Chagall est l’ainé d’une famille de neuf enfants. Issu d’un milieu modeste, il grandit dans un shtetl de Biélorussie. Son enfance est imprégnée de culture et de traditions religieuses.

Dès 1906, il étudie la peinture dans sa ville natale dans l’atelier de Yehuda Pen, peintre juif qui lui inculque les premiers éléments de son art. En 1907, il part pour Saint-Pétersbourg où il s’inscrit à l’école Impériale d’Encouragement des Arts qu’il quitte en 1908. Chagall rencontre Vinaver, le très influent mécène et député à la Douma. Vers la fin de l’année, il se rend à Saint-Pétersbourg à Zvantseva, école de tradition libérale et avant-gardiste, dirigée par Léon Bakst.

En 1909, il fait la connaissance de Bella Rosenfeld, cadette d’une famille de bijoutiers et étudiante à Moscou. Entre eux, nait aussitôt un amour profond et exclusif. A Saint-Pétersbourg, quelques amateurs d’art commencent à s’intéresser à son œuvre.

Grâce au soutien du mécène Vinaver, Chagall arrive à Paris en 1911, et s'installe à la Ruche où vivent déjà Jean-Paul Laurens, Alexander Archipenko, Fernand Léger et Modigliani. Il rencontre aussi Max Jacob, André Salmon, Guillaume Apollinaire et se lie d’une grande amitié avec Blaise Cendrars. Il fréquente les académies de La Palette et de La Grande Chaumière et expose pour la première fois en 1912, au Salon des Indépendants.

En 1912, grâce l’invitation du sculpteur Moise Kogan, de Robert Delaunay et de Henri Le Fauconnier, il rencontre Herwarth Walden, directeur de la galerie Der Sturm qui lui organisera sa première exposition personnelle en 1914, à Berlin. En 1913, Chagall participe aux salon des Indépendants d’Amsterdam.

En 1914, il fait un voyage à Vitebsk pour rendre visite à sa famille et à sa fiancée mais la guerre l’empêche de retourner en France. En 1915, il épouse Bella qu’il n’a jamais cessé d’aimer; leur fille Ida naitra un an plus tard.

En novembre 1916, il présente quarante cinq œuvres au Valet de Carreau, association de peintres constituée à Moscou, à l’automne 1910. Après la Révolution d’octobre, en 1917, Chagall est nommé Commissaire des Beaux-Arts de Vitebsk par Lounatcharsky, rencontré à Paris et président du ministère de la culture et des arts de Russie. Chagall rêve alors de transformer sa ville natale en centre artistique. Il dirige ensuite la nouvelle académie d’art de Vitebsk inaugurée le 28 janvier 1919, qui accueille comme professeurs El Lissitzki, Vladimir Tatlin,Jean Pougny, Anton Pevsner, son frère Naum Gabo et le créateur du suprématisme, Kasimir Malevitch. A la suite de désaccords politiques avec Malevitch, Chagall est démis de ses fonctions.

En 1920, Chagall quitte définitivement Vitebsk et part s’installer à Moscou où il rencontre Alexeï Granovsky, directeur du théâtre juif Kamerny pour lequel il réalise des décors de théâtre. Chagall se souvient dans “Ma Vie” : “ Ah, pensais-je, voila l’occasion de renverser le vieux théâtre juif, son naturalisme psychologique, ses barbes collées. Là, sur les murs, au moins, je pourrai me mettre à mon aise et projeter librement tout ce qui me semble indispensable pour la renaissance du théâtre national.”

En 1921, il est à Moscou avec sa famille et enseigne le dessin dans les colonies d’orphelins de guerre.Au cours de l’été 1922, il quitte la Russie et commence à écrire son récit autobiographique, “Ma Vie”, qui paraitra en français en 1931.

En 1923, il regagne Paris via Berlin où il s’initie aux techniques de la gravure et tente en vain de récupérer les tableaux confiés à Walden. J.P. Crespelle raconte dans Montparnasse Vivant : “ Ses affaires réglées à Berlin, il n’avait plus qu’une hâte : retrouver Paris et Montparnasse. Dans chacune de ses lettres Cendrars lui écrivait : “Tu es célèbre, Vollard t’attend”. A Paris avec Bella et Ida, Chagall retrouve son atelier à La Ruche, mais les toiles qu'il avait laissé avant de partir ont disparues. Il y en avait plus de cent cinquante. Elles furent vendues pendant son absence. Il visite la Bretagne en compagnie de Sonia et Robert Delaunay, la Côte d’Azur, l’Auvergne.

En 1926, le marchand d’art Ambroise Vollard lui demande d’illustrer “Les Ames Mortes “de Gogol, “Les Fables de La Fontaine” puis la Bible qui lui donne l’occasion de se rendre en Palestine en 1931.

En 1933 a lieu à Bâle une grande rétrospective de son œuvre.

Chagall séjourne en Hollande en 1932, en Espagne en 1934, en Pologne en 1935, et en Italie en 1937. En 1937, il devient citoyen français et cette même année quatre de ses œuvres figurent à Munich dans l’exposition “Art Dégénéré”.

La Seconde Guerre mondiale survient. Chagall et sa famille se réfugient à Blois avant de rejoindre André Lhote à Gordes en Provence. Au cours d'une visite à Marseille, il est pris dans une rafle, puis relâché sous les ordres du consul des Etats-Unis. Conscient du danger, il quitte la France pour New York via l'Espagne le 7 mai 1941 grâce à l’intervention de Varian Fry, citoyen américain, qui avait pour mission de sauver les intellectuels et les artistes menacés par les nazis.

Seul, sans moyens ni soutien, Varian Fry va pendant 13 mois aider quatre mille personnes et en sauver près de deux mille parmi lesquels Max Ernst, André Breton, André Masson et Marc Chagall. Dans la postface du livre “La Liste noire”,on lit : “ Pour illustrer l’application de ces lois, Fry raconte le sort de son plus célèbre “client” juif, l’artiste Marc Chagall qui fut arrêté à la fin du printemps 1941. Fry a appris que Chagall a été arrêté non parce qu’il est connu des autorités comme un grand peintre dont l’art est considéré comme “dégénéré” mais parce qu’il est juif.”

A New York en 1941, il expose à la galerie Pierre Matisse, effectue un voyage au Mexique. Il retrouve les Ballets Russes et réalise pour Massine décors et costumes pour un ballet à New York.

Le 2 septembre 1944, Bella meurt. Chagall est foudroyé. Il a perdu celle qui fut son inspiratrice et son ange gardien. Les deux années qui suivent sont difficiles, Chagall, solitaire, s’installe dans une petite ferme à quelques heures de New York. Il se remet péniblement au travail et crée en 1945 les décors et costumes pour “l’Oiseau de feu” à l’opéra de New York commandés par Balanchine.

En 1946, il regagne Paris quelques mois, le temps d’assister à la première rétrospective de son œuvre au Musée d'Art Moderne et repart aussitôt à New York.

En 1948, il revient définitivement en France, son atelier est dévasté.

En 1952, il épouse Valentine Brodzky et s'installe dans le Midi. Il répond à de nombreuses commandes d'Etat, notamment pour la décoration murale du Parlement de Jérusalem, le plafond de l’Opéra de Paris (1963) et les peintures murales de l’Opéra de New York mais aussi pour les vitraux de la cathédrale de Metz, de la cathédrale de Reims et ceux de la synagogue de Hadassa à Jérusalem. En 1970 une rétrospective de son œuvre a lieu au Grand Palais à Paris. En 1973, l’inauguration du musée national Message biblique Marc Chagall à Nice consacre définitivement sa gloire.

Chagall meurt à l'âge de 97 ans à Saint-Paul-de-Vence.



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