Chana Orloff

1888 1968
(Ukraine) 1888 /   (Israel) 1968

Chana Orloff naît en Ukraine. Elle a huit frères et sœurs. Son père est un instituteur devenu commerçant à cause des lois anti-juives.

C’est en 1905, afin d’échapper aux pogroms, que sa famille émigre à Petah Tikva, première colonie juive de Palestine. Lorsqu’ils arrivent en Palestine, le père travaille comme ouvrier agricole, et Chana fait des travaux de couture.

Elle arrive à Paris en 1910 et travaille chez la couturière Jeanne Paquin qui l’encourage à développer son talent artistique.

Chana Orloff suit alors des cours à l’Ecole Nationale des Arts Décoratifs, puis étudie la sculpture à l’Académie Russe de Montparnasse. Elle se lie avec de nombreux artistes tels Picasso, Foujita, Rivera, Soutine, Pascin, Zadkine…

En 1912, elle présente Jeanne Hébuterne, à Modigliani. Ce dernier lui fera son portrait. En haut du papier en forme de losange, sur une enveloppe dépliée, il écrit en hébreu « Chana, fille de Raphaël ».

En 1913, ses œuvres sont exposées au Salon d’Automne, puis au Salon des Tuileries et au Salon des Indépendants.

En 1916, elle expose pour la première fois au cotés de Matisse, Van Dongen et Rouault à la galerie Bernheim Jeune que dirige le critique d’art Fénéon.

En 1917, elle épouse le poète Ary Justman. Il meurt deux ans plus tard, mobilisé à la fin de la Première Guerre Mondiale. Elle reste seule avec son fils âgé de un an. Elle travaille alors beaucoup, et développe des thèmes que l’on retrouvera tout au long de sa carrière (maternité, animaux…).

Grâce à ses amis Edmond et Madeleine Fleg, elle côtoie l’élite parisienne, elle brosse et sculpte leur portrait de nombreuses personnalités. C’est en 1923 qu’elle réalise le portrait d’Ida Chagall. En 1925, elle obtient la nationalité française et est décorée de la Légion d’Honneur. Elle voyage beaucoup en Israël et aux Etats-Unis.

En 1927, E. Des Courières écrit la première monographie sur Chana Orloff, qui parait chez Gallimard. Dans cet ouvrage, Chana Orloff répond aux questions de l’auteur: 

(…) Ecoutez un instant la voix du sculpteur:

« Je suis tout d’abord attirée par le côté décoratif, plastique, si vous préférez, et le caractère… Je voudrais que mes œuvres soient aussi vivantes que la vie…

« Je commence par faire plusieurs dessins, très poussés, du modèle. Puis je passe à la sculpture, et alors j’envoie promener le modèle dont je n’ai plus besoin… »

(…) « Les sculpteurs contemporains que j’aime ? Maillol et ses beaux volumes, Pompon aussi. Je ne crois pas qu’on puisse aller plus loin que Pompon dans la voie qu’il s’est tracée…

« Les peintres? Picasso, si exceptionnel, Braque qui a tant de vraie grandeur, Segonzac, si puissant, Moreau et son beau dessin, Pascin, si subtil…

« Le plus grand artiste actuel, c’est peut-être Charlot, ce magicien qui nous fait tout oublier. N’est-il pas merveilleux que nous vivions à l’époque de cet homme? (…)

En 1930, le maire de Tel-Aviv Meir Dizengoff lui rend visite dans son atelier à Paris. Ils discutent de la création du Musée de Tel-Aviv. En 1935, sa première exposition au Musée de Tel-Aviv remporte un très grand succès.

En 1937, elle participe à l’exposition "Les Maîtres de l'art indépendant" au Petit Palais.

Rentrée à Paris après l’Exode avec son fils, Chana Orloff continue à travailler malgré une vie difficile. En décembre 1942, elle est prévenue de son arrestation imminente et part se réfugier en Suisse avec son fils et le peintre Georges Kars, qui se suicidera après la guerre. À Genève, elle travaille grâce à ses amis qui lui prêtent atelier et matériaux et lui commandent des portraits. Entre 1942 et 1945, elle réalise plus d’une cinquantaine de sculptures.

En 1945, une exposition sur son œuvre a lieu à la Galerie Moos à Genève.

Après la Libération, elle retourne à Paris, et découvre que sa maison et son atelier ont été pillés et que ses sculptures ont été détruites. Dès 1949, elle se rend très fréquemment en Israël. Cette même année, elle réalise le buste de David Ben Gurion.

De nombreuses expositions et rétrospectives ont lieu en Europe, aux Etats-Unis et en Israël, et Chana Orloff connait alors la consécration. Lors des années 1950-1960, elle reçoit plusieurs commandes de monuments liés à l’histoire d’Israël.

Elle meurt en 1968 à Tel-Aviv, alors qu’elle s’y rendait pour une exposition organisée en son honneur au musée de Tel-Aviv.