Isaac DOBRINSKY
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Michel ADLEN
décembre 31, 2018

Alfred ABERDAM

LWOW (GALICIA) 1894 – PARIS 1963

Alfred Aberdam grandit à Lwow (alors dans l’Empire austro-hongrois) au sein d’une famille aisée, et auprès d’un père cultivé. Après son baccalauréat, il organise dans sa ville natale plusieurs conférences sur les maîtres italiens et flamands, et sur les premiers peintres juifs, dont Josef Israëls (1824-1911). Abandonnant la théorie pour la pratique, Aberdam part en 1913 pour Munich étudier la peinture à l’Académie des beaux-arts. La Première Guerre mondiale met fin à son apprentissage : il est mobilisé dans l’armée autrichienne puis envoyé sur le front oriental. Blessé dès le début de la guerre, il sera capturé par les Russes et interné à Irkoutsk, en Sibérie. En 1917, Aberdam est nommé commissaire du peuple aux Beaux-Arts par le soviet local qui lui confie la charge de réorganiser l’enseignement artistique. L’année suivante, à Moscou, il se lie d’amitié avec le poète Vladimir Maïakovski. Après des séjours successifs à Leningrad et Vienne, Aberdam rentre à Lwow. Entre 1920 et 1922, il étudie aux Beaux-Arts de Cracovie, où enseigne Josef Pankiewicz, et obtient le premier prix de peinture en 1922.

Sa carrière de peintre débute à Varsovie en avril 1922, où il participe à la 4e exposition de Peinture et de Sculpture présentée au siège de la Communauté juive, suivie en octobre à Lwow de l’exposition collective du Cercle des amateurs de l’art juif. À partir de cette date, il envoie des articles et des correspondances à des revues artistiques de Lwow, notamment Chwila et Nasz Przeglad. En 1923, de passage à Berlin, il rencontre Menkès et Weingart dans l’atelier du sculpteur Alexander Archipenko. En 1924, il se fixe à Paris dans le quartier de Montparnasse. À la fin de l’année 1925, une exposition est organisée à la galerie Au Sacre du Printemps, chez Jan Sliwinski, 5, rue du Cherche-Midi, en compagnie de ses trois amis galiciens, Léon Weissberg, Sigmund Menkès et Joachim Weingart. Le Groupe des Quatre est né. Jusqu’en 1937, grâce à son ami Marcel Slodki, il aurait bénéficié de commandes de collectionneurs suisses. Sous l’Occupation,

Aberdam trouve refuge à Paris chez la pianiste Anna Radlinska. En 1944, il participe à la création de la Société des artistes juifs à Paris, présidée par le sculpteur Léon Indenbaum. Aberdam en devient secrétaire, Marc Sterling et Zygmund Schreter, trésoriers. Leurs objectifs : créer un musée juif à Paris et un périodique consacré à la culture juive. Cette association organisera vingt meetings. Le premier aura lieu le 15 septembre 1944. Après la guerre, Alfred Aberdam retrouve son domicile parisien, visite le Midi de la France, la Suisse et plus tard Israël, où plusieurs expositions lui seront dédiées. En 1960, trois ans avant sa mort, il peint une oeuvre magistrale, une grande toile qu’il intitule : Triomphe de la Nuit – Auschwitz.

demeurent plus ou moins conservateurs ? […] «Est-ce un signe de fatigue après la grande tragédie juive ? ou est-ce un signe du scepticisme juif, du manque de foi en l’avenir?» Alfred Aberdam, extrait d’une lettre adressée à J.-P. Hodin, le 12 septembre 1953. « Aberdam aurait-il abouti à la peinture abstraite qui est à la peinture d’histoire ce que la musique de chambre est à l’opéra ? Il côtoie l’abstraction, cette fiction. Artiste de vocation et d’expression méditerranéenne, il ne l’accepte jamais intégralement. […] Ses images se dissolvent et se muent en mirages qui resurgissent au milieu d’un chaos de couleurs translucides et de traits qui se croisent. La peinture d’Aberdam n’est pas un monde clos. C’est une cité ouverte et un état de perpétuel devenir. » Waldemar George, Alfred Aberdam, oeuvre peint, éd. Abel Rambert, Turin, 1990, p. 15. « Opéra fantastique d’une geste fabuleuse : l’évocation de ses péripéties exige la mise en scène d’une théâtralisation exceptionnelle. Aberdam ne maîtrise-t-il pas déjà les deux techniques majeures : musicalisation et commutativité translucide des couleurs ? Reste pour Aberdam à injecter ses découvertes aux fastes visionnaires de son imaginaire tumultueux. Et nous assistons à la naissance d’un continent pictural jamais vu : le symbolisme épique. » José Aberdam, «Alfred Aberdam» in École de Paris, le Groupe des Quatre, op. cit. p. 112.